Transitioning the world through collective intelligence
J’ai l’intime conviction, solidement appuyée sur de récentes découvertes des neuro-sciences modernes, que nous avons appliqué de manière trop systématique et surtout dogmatique, certains concepts issus des philosophies des Lumières sans se poser les questions essentielles de leur validité en relation à la constante nécessité de l’adaptation des hommes à l’évolution de leur environnement.
L’homme est un animal social dont la vie est principalement régie par des codes : l’inné « sauvage » a donc de moins en moins d’importance, c’est l’acquis culturel qui prime. L’adaptation aux codes est d’abord et avant tout un apprentissage et c'est bien le contenu de cet apprentissage qu'il va falloir remettre en quétion.
Nous arrivons au coeur du problème.
Le milieu social dispose de prothèses symboliques et les individus doivent maîtriser leur usage pour s’intégrer pleinement.
L’écriture, par exemple, véritable prothèse de mémoire pour une société présente
sur la mémoire organique a l’avantage de n’être arrêtée ni par l’espace,
ni par le temps. Une réussite sociale est aujourd’hui interdite à un illettré, fût-il le
plus intelligent des hommes.
C’est en gros une adaptation de l’humain aux philosophies des Lumières. Sauf que ces dernières ont comme fondement commun le rejet du ressenti du corps dans la prise de décision. Ne devrait compter que le rationnel, la pensée.
Or, depuis une vingtaine d'années, des neuro-scientifiques comme Damasio ont traqué la genèse neuro-électro-biochimique des émotions et c'est peut-être là que se trouvent les clés d’une possible nouvelle approche du ressenti et la démonstration de sa supériorité au mental comme représentation de la réalité.
Je m’explique :
Le vrai problème c’est le logiciel qui nous fait avancer depuis des siècles et qui commence à ne plus être adapté aux nouvelles exigence de l’évolution de l’homme.
Nous sommes, pour la plupart, formatés à un mode de pensée, qui après les Lumières, s’est timidement désengagé de l’irrationnel religieux pour donner lieu à des idéologies politiques qui se voulaient rationnelles, et d’où est sorti ce concept de laïcité, incontestable dans ses fondements, mais incomplet dans sa compréhension du fonctionnement de l’architecture mentale de l’humain.
A cette époque, nous ignorions tout, malgré les efforts de Sigmund Freud, du bon fonctionnement de notre système neural et surtout de l’architecture de ce système neural. Beaucoup de scientifiques ont, de jours, démontré que les convictions freudiennes n'ont pas de bases scientifiques solides et sont essentiellement une lecture de la propre biographie de son auteur.
Aujourd’hui, nous commençons à en connaitre chaque jour un peu plus et ces avancées mettent en lumière un élément du logiciel qui a été maltraité, négligé, au nom de la lutte contre l’irrationnel, c’est le pouvoir de l’émotion dans la prise de décision.
Ne nous a-t-on pas appris que toute bonne décision doit se prendre hors du contexte émotionnel?
Ce dogme, lié à la célèbre phrase de Descartes, “Je pense, donc je suis”, nous a visiblement égaré sur de fausses pistes dans notre instruction, notre éducation.
L’aspect émotionnel de notre intelligence, dans la prise de décision, a été rejeté de telle manière que la seule intelligence à avoir droit de citer de nos jours, est l’intelligence rationnelle analytique, mais qui privée de sa pondération émotionnelle, a donné naissance à des humains qui ne pensent plus qu’en termes de stratégie.
C’est ce que j’appelle l’intelligence prédatrice.
En très grande partie, cette intelligence prédatrice est le moteur de nos économies, de nos dirigeants, de nos élites et bien sûr de notre personnel politique, même parmi ceux soutenant l’idée de justice sociale.
Elle est partout autour de nous.
Nos écoles, nos universités et surtout les grandes écoles si décriées de nos jours, ne prennent en compte chez un individu que cette caractéristique essentielle du raisonnement stratégique, qui va faire de lui un futur prédateur de l’espèce humaine, alors que l’étude approfondie des structures architecturales du mental, par les moyens modernes d’imageries fonctionnelles, nous apprennent que l’homme est condamné à l’empathie sous peine de disparaître, et aujourd’hui, nous voudrions changer le monde et affronter les nouveaux défis liés au réchauffement de la planète, ou au fétichisme des performances financières sans tenter de changer le logiciel qui est au pouvoir?
“Je ressens, donc je suis” affirme les neurosciences modernes, contrairement au célèbre, “je pense, donc je suis”.
Cette nouvelle pensée que l’on qualifie de neuro-philosophique vient rétablir la forte conviction d’Aristote qui disait que
“le plus haut degré de réalité n’est pas ce qui apparaît par le raisonnement, mais ce qui est perçu par les sens”.
Pourquoi l’humain s’est-il éloigné de cette intuition aristotélicienne ?
Sa rencontre, très certainement, avec la pensée judéo-chrétienne, chantre du dualisme corps-esprit que combattait déjà en son temps Spinoza et son célèbre “Conatus”.
Notre monde continue de fonctionner dans cette logique et le problème va bien au-delà du concept même de capitalisme.
Le socialisme soviétique a échoué pour les mêmes raisons. A force de vouloir rationaliser les pensées de Marx, il avait, lui aussi, créé un monde d’une inhumanité sans nom, car ils avaient oublié que l’on ne peut rien mettre en oeuvre sans tenir compte du “ressenti” de l’autre.
Deleuze, en son temps, avait aussi une intuition qui allait dans ce sens en affirmant que
“l’expérience émotionnelle à la lecture d’une oeuvre philosophique, est plus importante et plus productive pour l’humanité en terme de création de concept, que la parfaite connaissance des différents concepts philosophiques propre aux professeurs de philosophie.”
N’est-il pas temps de revoir notre logiciel et de donner une chance à l’expérience émotionnelle ?
Om me rétorquera, avec justesse, que beaucoup d’hommes et de femmes politiques, de gauche comme de droite, usent et abusent des émotions des citoyens pour mieux les manipuler.
Ce n’est bien entendu pas dans ce sens que les neurosciences comprennent la supériorité du ressenti par rapport au raisonnement dans la bonne prise de décision.
Je vous invite à lire deux ouvrages: “l’Erreur de Descartes” du neuro-scientifique Antonio R. Damasio chez Odile Jacob, et du même auteur, “Spinoza avait raison” également chez Odile Jacob.
Ce sont des hypothèses issues d’un travail minutieux de laboratoire qui donne un éclairage nouveau sur deux concepts théoriques philosophiques opposés qui ont joué un rôle déterminant dans la manière dont nos cerveaux ont été formatés par notre culture enfermée dans cette dualité cartésienne corps-esprit.
L’approche du mental telle que comprise par les orientaux, hors de tout concept impliquant une foi, me confortait dans mes distances avec ce dogme de l’esprit bien séparé du corps. L’origine judéo-chrétienne de cette approche devenait évidente à mes yeux.
Tous nos grands penseurs, peut-être mis à part Spinoza, s’étaient tous très largement inspirés de cette dualité corps-esprit prônée par le monothéisme et éloignée du concept formel d’Aristote.
En gros, nous étions partis pour des siècles dans une “dictature du raisonnement comme vérité absolue”, et aujourd’hui, plusieurs siècles après Aristote, les fines observations scientifiques pratiquées sur des milliers de personnes présentant des lésions cérébrales, essentiellement dans l’aire pré-frontale ventro-médiane, démontrent sans contestation possible, que le raisonnement est absolument impossible en l’absence d'émotions.
C'est ce que Damasio appelle les marqueurs somatiques. C'est en fait le système de réponse des cartographies du corps qui est à la naissance du ressenti, donc selon lui, des émotions et par conséquence, des sentiments.
Nous commençons donc à entrevoir une architecture de la pensée, des émotions et de la raison qui contredit totalement tous nos dogmes, érigés par Descartes en passant par Freud et l’école psychanalytique qui le suivra et bien d’autres, et qui donne raison à ceux qui pensaient ou qui comme moi pensent que cette dictature du raisonnement, comme l’alpha et l’omega de la formation à la structuration de l’esprit, nous a conduit à tous ces excès appelés capitalisme, national socialisme, communisme et aujourd'hui néo-libéralisme financier où des ordinateurs sont programmés pour acheter ou vendre plus de 1000 actions à la seconde, sans se soucier des effets collatéraux directs sur les milliards d'habitants de cette planète.
Nous avons construit, au nom de la supériorité de notre esprit, une dictature sur la nature dont nous commençons à mesurer les conséquences. Aucun système politique sorti des têtes formatées à la dictature du raisonnement froid ne pourra répondre à ce défi qui se présente à nous. Une des solutions est de faire confiance dans le ressenti, qui est à la base de l’intelligence émotionnelle.
Pour résumer, je pense que l’homme politique qui se donnera la force et le temps de redécouvrir son intelligence émotionnelle enfouie au plus profond de son être, saura, avec ceux qui comme lui agiront de concert avec une empathie innée, et non une empathie feinte, trouver les solutions aux problèmes qui se présentent à l’horizon de l’humanité. Pour revenir un peu plus terre à terre, je dirais que notre président actuel est tout le contraire, hors de tout contexte politique rationnel droite-gauche, de ce que devrait être l’homme politique que j’appelle de mes vœux.
Son action n’est guidée que par des mécanismes qui s’inscrivent dans ce que Freud appelait le Moi, alors que l’intelligence émotionnelle est entièrement basée sur un “Soi” parfaitement assumé qui va bien au-delà de ce Moi, véritable machine à prédation vis-à-vis de sa propre espèce.
clement philippe commented on Christophe CESETTI's group TheTransitioners in Paris IdF (France)
Yves Tairraz posted a status© 2012 Created by TheTransitioner.org.
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